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L’intérêt premier d’un bâtiment écologique et durable réside dans le fait que sa construction est pensée en termes de performances futures.

Cette problématique a été débattue lors de la conférence du 4 octobre 2018 à la Maison du Développement Durable à laquelle j’étais présente, en appui de deux 2 études dressées, entre autres, par Équiterre. Passons donc en revue le bilan des dernières années sur le domaine de la construction verte.

Voici un petit rappel des chiffres-clés de l’impact écologique du secteur du bâtiment et de la construction :

  • Le secteur de la construction représente 40% de la consommation d’énergie totale
  • Il contribue à 30% des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre)
  • 75 % des déchets viennent de la rénovation pour certains pays
  • Nous passons 90% de notre temps à l’intérieur de bâtiments

Effectuer une ÉPO

L’Évaluation Post-Occupation est l’élément central pour pouvoir prétendre détenir un bilan post-occupation sur un bâtiment. Afin de procéder à une ÉPO, on tient compte des éléments suivants :

  • L’adaptabilité des bâtiments et des espaces : il faut noter que dans une optique de rénovations futures obligatoires (les parcs immobiliers dans les grands centres étant déjà construits), les constructions sont amenées à évoluer en fonction des changements apportés dans les villes
  • La performance des systèmes intégrés dans le bâtiment
  • Le confort et le bien-être des occupants (acoustique, visuel, thermique)
  • L’efficacité de l’utilisation des espaces
  • L’efficacité énergétique (notamment la consommation d’énergie)
  • L’utilisation de l’eau
  • La qualité de l’air intérieur
  • L’efficacité de l’occupation

Conclusions de la conférence

Les études effectuées, entre autres par Équiterre, portaient sur la performance de la Maison du Développement Durable à Montréal (MDD), 7 ans après sa construction. A noter donc, que ces performances ne peuvent être forcément généralisées à tous les bâtiments écologiques, mais cela donne néanmoins quelques grandes lignes très intéressantes en termes de bilan et de performance pour la suite.

Voici les principaux résultats qu’il en ressort :

  • Il apparaît que certains matériaux utilisés sont encore mal connus dans leur processus de vieillissement et de durabilité. Cela laisse donc place à une amélioration constante d’où l’importance de procéder à ce genre d’étude. Les études démontrent également que le bâtiment de la MDD possède encore des failles dans sa rentabilisation de l’espace car il requiert davantage de mécanisation (dû à des systèmes technologiques non optimisés).
  • Le confort thermique ne serait encore pas forcément encore au point non plus.
  • Il ressort que le mur végétal absorbe le C02 à hauteur de 20-25%. C’est donc une excellente installation pour permettre une bonne qualité de l’air intérieur. De plus, cela évite l’utilisation d’un humidificateur en hiver, en plus de faire économiser 8000$ annuels. De plus, il contribue à augmenter la productivité des employés. Néanmoins, son coût d’entretien est de 11 000$ annuels donc il reste encore de l’amélioration à fournir.
  • Les frais d’exploitation du bâtiment sont de 25% moins cher car le bâtiment est neuf et que son efficacité énergétique est meilleure que dans les bâtiments non-durables.
  • Les bureaux locatifs sont 40% moins chers pour le locataire.

Les résultats partiels sont donc mitigés et les intervenants de la soirée en ont conclu qu’il était encore un peu tôt pour tirer des conclusions finales et définitives. En effet, les outils ÉPO ne sont pas encore réellement disponibles et les simulations sont approximatives car certaines données ne sont pas accessibles (comme la consommation d’énergie dans certains espaces de bâtiment).

En gros : nous avons besoin de plus de temps pour tirer des conclusions claires; ce n’est pas pour cela qu’il faut stopper les initiatives !

Effectivement, les intervenants s’entendent sur plusieurs aspects. Certains changements s’effectuent indéniablement dans le secteur du bâtiment : en ce qui concerne le bâtiment écologique et durable, on fait état de plus en plus de femmes reliées à ces questions. Les processus tendent également à être davantage abordés dans leur globalité, et les intervenants sont de plus en plus impliqués, y compris les occupants de ces fameux bâtiments. Effectivement, il est important d’intégrer l’aspect humain et surtout d’impliquer les occupants dans l’ÉPO de façon à obtenir une rétroaction plus complète et solide.

Ainsi, de nombreux changements positifs dans le secteur de la construction se font déjà observer. D’ailleurs, j’avais moi-même observé certains de ces faits lors de mes recherches académiques à HEC Montréal, publiées en 2014, en comparant des secteurs d’activité ‘’classiques’’ avec des secteurs imprégnés des valeurs de développement durable. J’ai pu partager les fruits de ces conclusions à la Maison du Développement Durable lors d’une conférence intitulée ‘’Les Écopreneurs – Qui sont-ils ?’’ en janvier 2016 (cliquez ici pour plus d’infos : http://helenechebroux.com/etre-eco-entrepreneur-en-2016-au-quebec-un-defi-de-taille/).  Il semblerait en effet que lorsqu’on parle d’environnement dans le monde des affaires, les femmes soient davantage présentes et qu’elles représentent de véritables acteurs de changement.

Le secteur serait-il donc en train de se ‘’féminiser’’ tranquillement ? Et en parallèle, la communication serait-elle plus présente, une vision globale et non cloisonnée est-elle en train de s’installer progressivement ? Et ce dans le but d’atteindre une meilleure durabilité des bâtiments et des occupants satisfaits et en meilleure santé. Effectivement, un des enjeux du secteur de la construction, qui reste très fragmenté, c’est de bien communiquer sur les projets afin de collaborer au mieux et d’obtenir les meilleurs résultats. Le pont doit aussi être fait lors de la livraison et du transfert du bâtiment au client, pour que celui-ci puisse en faire l’utilisation prévue par les concepteurs/designers, ce qui requiert évidemment une vision plus globale des choses et des compétences en communication accrues.

Il semblerait qu’une transition majeure soit donc en marche et que les efforts fournis il y a quelques années dans le secteur ont donc bien payés.

Mon opinion sur la question

Pour ma part, je trouve effectivement que les retombées positives sur le secteur du bâtiment durable sont déjà présentes. N’oublions pas que certaines initiatives peuvent prendre du temps, et que cela passe par des phases de test, notamment la construction de certains bâtiments écologiques dont la seule visée est éducative. Évidemment, ces projets engendrent fatalement des coûts et pertes (coûts reliés aux certifications, à la coupe d’arbres pour de nouveaux terrains etc..), comme n’importe quel projet. Il faut donc garder en tête que tous ces changements ne vont pas s’opérer en un claquement de doigts, mais bien sur le long terme, et qu’il est important de continuer à transmettre des valeurs environnementales via ces initiatives. Notre avenir en dépend.

Ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est qu’il n’y a pas de solution parfaite : le but c’est d’optimiser en fonction des moyens que l’on a en main, et des objectifs souhaités pour le projet. Que ce soit dans le bâtiment comme dans tous nos choix dans notre vie quotidienne, c’est qu’il est important de continuer les initiatives, sans chercher forcément la perfection. Il faut faire ce que l’on peut à notre niveau. En soi, l’idée n’est pas de se restreindre mais bien de se poser des questions sur nos besoins réel. Et surtout d’agir, car c’est dans l’action que les choses changent !

Pour vous – Solutions à mettre en pratique au quotidien

Voici en pratique certaines installations écologiques que vous pouvez considérer dans vos rénovations futures:

  • Des échangeurs d’air
  • Des chauffages radiants intégrés aux planchers ou aux murs
  • Des triples vitrages
  • Des toits blancs
  • Des thermopompes
  • Des panneaux et collecteurs solaires

À noter si vous vous intéressez aux certifications et performances en bâtiment écologique : les différentes certifications existantes et standards de performances ne sont pas cumulatifs et ne sont d’ailleurs pas forcément compatibles. Par exemple, l’objectif NetZero pourrait venir nuire au LEED sur certains aspects de la conception. L’important est donc de se poser la question : pourquoi on construit, quel est le but recherché ? Efficacité énergétique, bien-être des occupants (certification WELL), performance en termes d’ingénierie (LEED) ? Dépendamment bien sûr aussi de l’utilisation du bâtiment, que ce soit institutionnel, commercial ou résidentiel.

Pour aller plus loin :

http://equiterre.org/projet/batiment-durable

http://equiterre.org/publication/les-impacts-de-la-maison-du-developpement-durable-pour-ses-membres-et-la-communaute-sept

http://equiterre.org/publication/etude-post-occupation-de-la-maison-du-developpement-durable-la-performance-des-batiments