Eco-Courtier Via Capitale

Je me suis toujours intéressée de près aux projets du constructeur/entrepreneur & promoteur immobilier Rachel Julien, résidant moi-même juste à côté de l’un de leurs projets phares pour lequel la compagnie a reçu de nombreuses distinctions, le Quartier 54, au coin sud-ouest de Rosemont et St-Hubert dans la Petite Patrie, et dont la construction date de 2008 (-2013).

Hormis le fait que leur côté développement durable et éco-responsabilité me parle beaucoup évidemment, j’ai toujours trouvé que leurs projets se démarquaient vraiment par rapport aux d’autres (conservation du patrimoine existant, qualité des constructions, etc…), j’ai donc voulu en savoir plus en allant rencontrer les fondateurs et gestionnaires de la compagnie et cerner l’esprit un peu plus en détail.

C’est donc un lundi matin de ce mois d’avril (le 29 pour être plus précise) que je rencontre Mélanie Robitaille, la Vice-Présidente directrice générale de Rachel Julien, aux bureaux de la compagnie dans Hochelaga.

Femme de tête

Mélanie me souhaite chaleureusement la bienvenue dans ses bureaux, et me présente rapidement son background : actuaire de formation, elle complète son BAC à l’UQAM entre 2003 et 2006. Femme de tête déterminée et ultra-dynamique, elle m’explique qu’elle s’occupe du développement des affaires dans la compagnie, ainsi que de la branche des finances. Elle est également associée/actionnaire, tout comme Denis, le président, et Benoit, le Vice-président Construction. Je comprends au fil de la conversation qu’elle gère ses équipes avec la force tranquille d’une experte dans son domaine, et qu’elle imprime son énergie et sa personnalité sur la culture organisationnelle de l’entreprise.

Pourtant, elle ne se repose pas sur ses lauriers : bien au contraire, c’est une preneuse de risques (calculés !) et cherche en permanence de nouveaux défis à relever. Elle croit que de sortir de sa zone de confort permet d’être proactif en affaires. Elle met un point d’honneur à apprendre par l’expérience, elle aime partir en éclaireur, ‘’défricher’’ le terrain et saisir de nouvelles opportunités, afin de pouvoir par la suite partager ses conclusions aux autres acteurs de son marché, notamment. Le dernier bébé de la compagnie ? Se présenter comme finaliste au concours C40 – Reinventing Cities (projet désormais mondial ayant pour objectif de rendre les villes de demain plus durables et dont la première initiative est née à Paris sous l’impulsion de la mairesse Hidalgo), avec un premier projet carboneutre à Montréal. Son état d’esprit par rapport au concours ? ‘’J’ai déjà gagné’’ dit-elle, en m’expliquant que le challenge d’y participer et de mobiliser les ressources nécessaires pour celui-ci représente déjà en soi une victoire. 

Pour la petite histoire…

Mélanie m’explique que c’est son oncle, Denis Robitaille, qui fonde Rachel Julien en 1994; les projets de condos étaient à l’époque beaucoup moins développés. Visionnaire et amoureux de Montréal, il a rapidement été précurseur dans le domaine, et se positionne de facto comme un véritable acteur de changement.

Elle commence à brosser un portrait général de la compagnie, et me confie que celle-ci est ‘’partie de rien’’ : elle est née dans une famille ouvrière dont la vision reposait beaucoup sur le concept de réutilisation. Mélanie m’explique qu’ils ne se définissent plus tant comme une entreprise familiale à l’heure actuelle, principalement car il y a eu une croissance entrepreneuriale, donc le terme ne lui semble plus vraiment adéquat. Mais par contre, il est très intéressant de noter que les valeurs de l’entreprise n’ont pas changé et sont restées résolument humaines, calquées sur une vision organique de l’entreprise, notamment par le fait que tous les individus s’apportent et s’enrichissant les uns les autres, ce dont Mélanie est fondamentalement convaincue. D’ailleurs, la compagnie s’entoure beaucoup d’architectes internationaux et notamment suédois : Mélanie est en effet persuadée que d’aller chercher des compétences dans d’autres pays représente une des clés pour une réussite pérenne.

Mais Mélanie m’explique qu’ils n’ont pour l’instant que très peu de partenariats : en effet, il est important pour eux de conserver leur réputation de compagnie projetant des valeurs d’intégrité et de transparence. Elle m’explique que c’est un choix réfléchi, que pour l’instant tout ou presque se fait à l’interne, et que lorsque qu’ils doivent faire affaires avec une autre compagnie, elle se doit d’avoir des valeurs qui correspondent à celles de Rachel Julien. Un exemple de partenariat : avec la compagnie Prével sur le projet des Bassins du Havre. Les deux entreprises projettent les mêmes valeurs, et Mélanie ajoute que la qualité de construction était également comparable. Une belle compatibilité et donc un excellent potentiel pour des projets communs.

L’entreprise se veut également une entreprise citoyenne, très impliquée dans sa communauté. On peut lire ces mots de Denis sur leur page web : ‘’J’ai le privilège, avec Rachel Julien, de participer à la vitalité de la métropole. Pour moi, rien n’apporte plus de valeur et de sens à mon métier que de contribuer à l’essor architectural d’une des plus belles villes d’Amérique du Nord, d’offrir à ses habitants l’accès à la propriété, tout en gardant vivant son patrimoine riche et unique.’’

Mais d’où vient le nom ‘’Rachel Julien’’ ? D’un de leurs projets situé sur le Plateau, coin Rachel et Henri-Julien : il s’agit d’un ancien hospice centenaire reconverti en condo qui a été restauré de telle façon qu’il fait entièrement corps avec son environnement, et en gardant toutes ses spécificités de son époque. En fait, à ce moment-là, la compagnie se concentrait beaucoup sur la réhabilitation et la revalorisation d’immeubles, en plus de devenir des constructeurs de projets 100% neufs.

Rachel Julien, le ‘’berger’’ de l’immobilier durable

La durabilité a toujours été au cœur de la vision de Rachel Julien, qui est très claire : ‘’Transformer et bonifier le paysage urbain de Montréal grâce à la construction de projets de condos accessibles, novateurs et d’une grande qualité, qui contribuent au rayonnement de l’architecture et à la préservation du patrimoine. À une époque où la tendance était plutôt à la démolition et à la reconstruction de bâtiments, Rachel Julien se consacre à la préservation du patrimoine et à l’élaboration de projets qui respectent l’architecture urbaine, en plus de la bonifier et de l’adapter à son époque.’’

Mélanie m’explique qu’ils ont été parmi les premiers à intégrer les certifications LEED et Novoclimat dans leurs projets, et je constate une fois de plus leur position de leader du marché en la matière. Pour elle comme pour ses associés, il était impératif de sortir des sentiers battus. Beaucoup d’initiatives techniques vertes et éco-responsables ont été mises en place dans leurs projets, notamment l’agriculture urbaine, l’alimentation solaire, les techniques inspirées de Passivhaus, la récupération des eaux de pluie, l’électrification systématique de tous les stationnements. En termes de réutilisation des espaces, un petit exemple concret : lorsqu’ils doivent utiliser un bureau de vente pour commercialiser un projet, au lieu de le détruire ensuite comme beaucoup de promoteurs font quand ils n’en n’ont plus besoin, ils le réutilisent pour autre chose, ou réutilisent au maximum les matériaux à d’autres fins. Ils réutilisent d’ailleurs tous les espaces, les stationnements également. Leur philosophie est résolument ‘’développement durable’’ car en réutilisant, ils questionnent la légitimité même de construire du nouveau. De plus, Mélanie soulève qu’ils monitorent tous leurs projets, permettant ainsi une rétroaction sur l’intégration de ces éléments aux différents projets.

Je lui demande ensuite de quelle façon les différents ‘’postes’’ en développement durable s’intègre à l’organigramme de la compagnie. Elle me répond que le développement durable est directement intégré à tous les départements de l’entreprise; ils travaillent par exemple avec des ingénieurs en environnement en plus des ingénieurs ‘’classiques’’, leurs équipes sont donc imprégnées à tous les niveaux de la philosophie ‘’verte’’.

Mais Mélanie souligne que beaucoup de choses restent encore à faire : il s’agit d’une amélioration continue. Un des enjeux par exemple : cela coûte plus cher de se départir adéquatement des déchets plutôt que de les jeter. C’est un défi à solutionner; elle pense notamment que cela pourrait passer par une meilleure organisation des chantiers, à définir en amont, ainsi qu’une éventuelle réutilisation de ceux-ci à l’interne. Un autre challenge ? Sans aucune surprise, le suremballage des matériaux. Tous ces éléments restent encore des enjeux sur lesquels mettre l’emphase dans le futur.

Place des femmes

Je n’ai pas résisté à poser la question de la place des femmes dans sa compagnie à Mélanie. Évidemment le secteur de l’immobilier étant assez spécifique mais ayant beaucoup évolué ces dernières années, notamment avec l’essor des habitations écologiques, on a pu voir une certaine corrélation avec le fait que les femmes soient de plus en plus présentes dans les équipes de gestion, de conception et de mise en œuvre.

Voulant donc en savoir plus sur le point de vue de Mélanie sur la question, je m’intéresse plus spécifiquement à la composition de ses équipes. Mélanie m’explique qu’il y a une bonne mixité homme/femme au sein de celles-ci, et que les femmes sont présentes dans chaque branche de la compagnie, ce qui est selon elle, très important pour le domaine, car hommes et femmes sont évidemment complémentaires.

Mais pour elle, une femme doit s’intégrer professionnellement différemment d’un homme. Justement car ils sont différents, si elle tente d’utiliser des approches plus ‘’masculines’’, cela ne fonctionnera pas, et elle ne sera pas bien intégrée aux équipes. Cela affectera par ailleurs sa crédibilité sur les chantiers, de ce qu’elle a pu constater. Mélanie pense au contraire qu’une femme a tout intérêt à s’intégrer à sa manière, en étant en accord avec elle-même et avec ses spécificités féminines. Elle est convaincue qu’elles ont tout à gagner à exercer leur leadership comme des femmes et non comme des hommes. Elle pense par ailleurs que ce sont des aspects féminins qui impactent beaucoup les principes de développement durable, que les questions environnementales requièrent une certaine ouverture, une vision globale des choses. Et évidemment une sensibilité à la question éco-responsable.

 

 

Article : Hélène Chebroux, M. Sc.

Publié le 15 août 2019