Eco-Courtier Via Capitale

Cette première moitié de l’année 2020 est marquée pour moi par la découverte d’un pays, l’Italie, et par sa région la plus florissante économiquement, la Lombardie.

 

Certains diront que le timing n’était pas forcément le meilleur en cette période de crise économique et sanitaire de COVID-19, mais le côté positif, c’est que j’ai eu le temps de me renseigner dans le but de vous partager quelques informations concernant un de mes grands intérêts, l’écologie, particulièrement sur la question des bâtiments et du mode de vie en général, notamment des transports et de la consommation. Car, comme on le sait, la transition écologique se fait transversalement, et concerne autant le secteur de l’habitation et de l’efficacité énergétique que des autres domaines.

 

Je dois d’abord constater en arrivant ici à Bergame, dans le « nord », que le recyclage est très on point

5 bacs différents pour le triage des déchets domestiques, avec un calendrier hyper précis aux codes couleurs auquel les citoyens doivent se référer pour sortir lesdits déchets catégorisés, des amendes au poids pour les déchets mal triés, bref, je dois dire que je suis agréablement surprise de ce côté-là. On me l’avait dit, l’Italie du Nord a un côté assez carré.

Par ailleurs, j’ai pu découvrir plusieurs autres belles initiatives, tous secteurs confondus, comme les commerces verts et coopératives, Il Sole e La Terra, mais aussi des banques écoresponsables, notamment la Blanca Etica. Je note une culture du local assez forte, et un penchant plutôt naturel pour la responsabilité écologique des entreprises en général.

Par ailleurs, à l’occasion du Sustainability Festival (Festival Della Sostenibilità) qui devait avoir lieu mi-mai  2020 à Bergame, et bien sûr reporté avec les conditions actuelles, des statistiques ont été cependant publiées, et je me suis penchée plus en détail sur les différents rapports dont la source est principalement Energy & Strategy Group  et la Politecnico Milano. Il est en effet intéressant de voir où en est l’Italie sur ce plan, et où elle se situe par rapport à ses compatriotes européens, mais aussi de pouvoir comparer le tout avec nous le Québec et l’Amérique du Nord en général.

Pour ce qui est de l’électrification des transports, les chiffres en Lombardie et à Bergame sont très encourageants.

En Italie en général, on remarque récemment une forte croissance des véhicules hybrides et Fulls électriques. Bien que, à ce jour, seulement 6,5 % des véhicules sont électriques ou hybrides en Italie, on note une augmentation des immatriculations de 110 % de 2018 à 2019, et de 33 % pour les hybrides. Et en parallèle, un recul de 22 % pour le Diesel. La tendance est encore plus forte pour la région de Bergame, +239 % pour les véhicules électriques et +18 % pour les hybrides, avec un recul de 28 % du Diesel.

On note également que la ville possède une ligne d’autobus qui est la première en Italie à être 100 % électrique. La tendance compte se poursuivre pour l’électro-mobilité, car 70 millions d’euros sont investis dans le secteur en 2020 et le seront aussi pour 2021 également, contre seulement 5 millions pour 2019.

Il faut dire que sous l’impulsion européenne, le pays a implanté des incentives comme l’Ecobonus qui concerne autant les achats de voitures électriques ou hybrides que les vélos ou le carsharing.

On peut constater en effet que vélo se développe également beaucoup dans les villes de partout dans le monde, notamment dans ces temps de pandémie. Les mentalités changent beaucoup évidemment, désormais le secteur de la mobilité électrique comme le secteur ‘’vert’’ en général ne représentent plus une ‘’niche’’.

On s’accorde pour le dire aussi en Amérique du Nord ces dernières années. La tendance est, de facto, mondiale le Smart Mobility Report 2019 fait état d’une augmentation de 78 % de l’immatriculation de véhicules électriques dans le monde par rapport à 2018 : 3 millions au total pour 2019, avec pour palmarès la Chine suivie de l’Europe, des États-Unis et du Japon. On retrouve au palmarès européen la Norvège, puis l’Allemagne, l’Angleterre suivie de la France. L’Italie se voit pour l’instant doublée par l’Espagne, la Belgique, la Suède et la Hollande.

À ce propos justement, en parlant d’Amérique du Nord, j’ai voulu un peu comparer ce que les études italiennes émettent au sujet des bâtiments durables plus spécifiquement, comparativement à ce que l’on sait de l’autre côté de l’Atlantique. Selon le Smart Building Report datant de février 2020, le secteur du bâtiment en Europe est responsable de 40 % de l’énergie consommée, et de 36 % des GES ; nous avons, grosso modo, les mêmes chiffres en Amérique. Seulement entre 0,4 et 1,2 % du bassin total est renouvelé avec de nouvelles constructions et rénovations selon les pays. 35 % des édifices ont plus de 50 ans, et 75 % de ceux-ci sont considérés inefficients d’un point de vue énergétique.

Je constate cependant agréablement que le focus est beaucoup mis sur l’innovation, puisque c’est un levier de développement durable, notamment avec des outils comme l’intelligence artificielle.

D’ailleurs, la définition même de « smart building » dans le rapport fait état d’une préoccupation primaire de vouloir directement lier et mettre l’innovation au service de l’écologie : « C’est un immeuble dans lequel les systèmes sont gérés de manière intelligente et automatisée (…) dans le but d’optimiser la consommation d’énergie, le confort et la sécurité des occupants (…) » (définition traduite librement de l’italien).

Et lorsqu’on parle d’écologie, on ne parle pas QUE de l’efficacité énergétique ou des systèmes, mais AUSSI du bien-être des occupants. Je pense notamment à la certification WELL qui fait un ‘’focus’’ sur ces derniers critères, versus les certifications LEED qui sont beaucoup plus axées sur l’ingénierie. On note donc ici une inclusion de TOUS ces critères dans une même analyse, ce qui est plutôt logique et positif selon moi.

De plus, selon le Global Real Estate Sustainability Benchmark datant de 2020, le rapport énumère plusieurs bienfaits économiques allant de pair avec les bienfaits pour les occupants de ces « buildings intelligents« , tout comme nous l’avons constaté également dans nos études nord-américaines par ailleurs :

  • Augmentation de la valeur immobilière de 2 à 17 %
  • Augmentation de la valeur locative de 8 à 35 %
  • Réduction des coûts d’opération et maintenance de 30 %

Cependant, les efforts sont principalement axés sur le résidentiel (65 %) alors qu’en Amérique du Nord c’est le secteur commercial qui aura tendance à prendre le plus de place pour ce qui est des buildings verts, pour l’instant en tout cas.

Qu’en est-il au niveau macro, c’est-à-dire en termes de « villes intelligentes » ?

Bien que Milan et Rome fassent partie du palmarès des C40, la moyenne italienne est légèrement en dessous de l’Européenne. Pour quelle raison ? Selon le Smart City Report de 2015, il en incombait à la forte bureaucratie encore trop présente dans le pays pour pouvoir profiter idéalement des finances publiques pour les projets relatifs à l’évolution technologique des villes, mais aussi au manque de ‘’collaboration’’ des banques sur de tels projets, leur pouvoir d’achat et l’accès aux liquidités étant réduits. Copenhague, Lyon, Amsterdam et Oslo, qui s’est illustrée meilleure smart city pour 2019, restent encore les principaux exemples à suivre de ‘’villes vertes’’ au niveau européen.

En bref et sans trop de surprises, l’Europe a certainement des initiatives plus ‘’inclusives’’, collaboratives et incitatives en ce qui a trait à l’écologie que l’Amérique du Nord, et il appartient ensuite aux pays de les implanter de différentes manières, mais sur les deux continents, on constate que certains freins sont fatalement présents encore. La place reste à l’amélioration continue, encore et toujours !

 

Sources :

https://www.c40.org/cities

https://www.festivaldellasostenibilita.it/

https://leshorizons.net/oslo-capitale-verte-europe-2019/

https://www.actu-environnement.com/mailings/aem402@home/

http://www.energystrategy.it/

 

Auteure : Hélène Chebroux, M. Sc.

Article publié le 23 mai 2020 sur le blog de Via Capitale du Mont-Royal